
Il en est de la carotte comme de bon nombre de ses homologues du potager, et notamment de ses collègues de forme allongée : ils font l’objet de bien des railleries depuis la nuit des temps. Asperges, poireaux, concombres, courgettes et autres aubergines inspirent avec ténacité les chansonniers, les humoristes et les auteurs de chansons paillardes.
Le potage aux carottes et ses innombrables variantes font saliver petits et grands depuis que ce légume sucré s’est invité dans nos cuisines. C’est le deuxième légume racine consommé dans le monde, après la pomme de terre.
Arrêtons-nous aujourd’hui à Crécy-en-Ponthieu, petite bourgade de 1500 habitants, située à quelques encablures de la baie de Somme. Elle doit une partie de sa notoriété à une bataille entre les troupes françaises venues en grand nombre commandées par le roi Philippe VI de Valois et les Anglais sous les ordres d’Edouard VII en août 1346. Les troupes de sa Gracieuse Majesté venaient du Cotentin où elles avaient débarqué. Cet épisode sanglant gagné par les Anglais marque le début de la Guerre de Cent Ans. Les nombreux épisodes de cette guerre entre franco-anglaise se prolongeront jusqu’en 1453, sans qu’un traité de paix ne fût signé. Calais restera d’ailleurs aux mains des Anglais jusqu’en 1558.


Il se dit que les intendants avaient trouvé sur place de délicieuses carottes cultivées par les agriculteurs locaux qui permirent de régaler les vainqueurs anglais menés par un certain Edouard De Woodstock…

On peut sur place se rendre sur le site de la bataille où une tour permet d’embrasser l’ensemble du point de vue (Départementale 19). On peut aussi se rendre au Centre historique abondamment illustré (362 avenue des Fusillés à Crécy en Ponthieu)
Certains Anglais continuent de commémorer cette victoire en sirotant le 26 août de chaque année une soupe de carottes. Outre-Manche il est d’usage d’ajouter à cette soupe de l’ail, des graines de coriandre et du riz pour lui donner de l’épaisseur.
Il existe bien entendu des dizaines de déclinaisons à cette soupe qu’on appelle parfois purée de Crécy selon sa densité.
Beaucoup de chefs lui donnent de la consistance en ajoutant des pommes de terre. Certains préfèrent des carottes de gros calibre, des variétés allant du jaune au violet. Les bouquets de petites carottes nouvelles, munies de leurs fanes, sont plus sucrés. D’autres ajoutent du concentré de tomates, des oignons. Les non végétaliens mouillent la préparation avec du bouillon de poulet, certains la décorent avec des fanes ou avec des feuilles de coriandre et un tourbillon de crème fraîche. Et pourquoi pas quelques feuilles de menthe…