Notre pain de ce jour

Il ne vous a sûrement pas échappé que le pain est au centre de bien des attentions économiques et politiques en ce début d’année 2023.

Comme l’année précédente, l’invasion de l’Ukraine par la Russie a des répercussions infernales sur la vie des Ukrainiens militaires ou civils. Mais en France et en Europe occidentale comme sur le reste de la planète, les hausses des prix de l’énergie bouleversent également notre vie quotidienne. Les conséquences sont amplifiées pour les métiers en « bout de chaîne » et les biens de consommation immédiate.

Car dans la quasi-totalité des fournils, l’électricité et le gaz ont depuis belle lurette remplacé le bois, même si nous apprécierions ce retour en arrière. Ne vous laissez pas impressionner par les stères de bois impeccablement rangées à l’arrière de certaines échoppes : c’est sans doute très décoratif, mais très majoritairement un « attrape-nigaud »…

Certes parmi les 35000 boulangers de France, beaucoup aimeraient revenir au bon vieux four à bois, mais ce serait pour eux un bouleversement dans le métier, dans leur savoir-faire, dans la logistique qui en découlerait. D’autant que les bûcherons ne sont pas des perdreaux de l’année, et le prix du bois de chauffage suit la pente ascendante des autres sources d’énergie.

Le pain est depuis la Bible et même avant un symbole de l’énergie vitale nécessaire à la vie humaine au même titre que l’eau. C’est la noblesse du métier de boulanger, cet artisan qui prépare notre base de nourriture quand nous sommes encore dans les limbes.

Conjugués au dérèglement climatique qui influe sur les récoltes, le prix des matières premières dont il a besoin et celui de l’énergie avec laquelle il alimente son four s’envolent sans que l’on ne soit en mesure de prédire un retour à bonne fortune. Les autorités tentent d’influencer les fournisseurs, d’étaler le paiement des charges mais personne n’est convaincu que cela suffira.

Et l’artisan répugne à répercuter ces surcoûts sur le seul pain quotidien : on ne touche pas impunément un tel symbole !

Espérons que cette crise aidera le consommateur à chercher les artisans amoureux de leur métier qui maîtrisent l’ensemble de la chaîne de fabrication au détriment des succursales industrielles, adeptes des émulsifiants, gélifiants et autres conservateurs.

Baguette « tradition »

Privilégions les pains « tradition » dont le cahier des charges interdit la congélation et les additifs. Depuis novembre 2022, la « baguette tradition » est inscrite par l’Unesco sur la liste représentative du patrimoine immatériel de l’humanité. Elle doit être composée de seulement quatre ingrédients : farine, eau, sel, levure et-ou levain. Elle doit être fabriquée sur place, son temps de fermentation entre 4° et 6°C doit être compris entre 15 et 20 heures. L’usage de la baguette tradition suppose un achat journalier, garantie pour le boulanger d’autres achats de pâtisserie ou de confiserie…

De nombreux artisans viennent ou reviennent  au levain naturel qui induit une fermentation lactique, en opposition à la levure de boulangerie qui produit une fermentation alcoolique. Pour en savoir plus, reportez-vous à une chronique précédente : https://recettesahistoires.com/2022/09/21/tout-est-affaire-de-levure/

La baguette dite « classique » contient en plus des ingrédients de base 150 produits autorisés par la législation européenne. Ce pain peut contenir jusqu’à 14 additifs (E300, 301, 302, 304, 322, 471, 270, 325, 326, 327, 260 à 263), ainsi que des émulsifiants, des enzymes et des adjuvants. Grâce à ces produits chimiques, la fermentation est beaucoup plus rapide, entre 3 heures et 4 heures, à 20/29°C.

Forcément,  le pain « tradition » est sensiblement plus cher que le pain classique, mais il emporte aujourd’hui les faveurs des consommateurs français : 41% déclarent préférer la baguette tradition à la baguette classique.

Quant à l’appellation « pain de campagne » elle date des années 1950, par ajout d’un peu de farine de seigle (10%), en opposition à la mie très blanche, très industrielle et sans goût en vogue après guerre, à l’imitation des usages de nos alliés et amis américains. Cette appellation désigne en fait un pain très citadin, que les boulangers ont beau jeu de souligner en saupoudrant les miches d’un peu de farine juste avant d’enfourner.

Gargantua par Gustave Doré

Le « pain complet » se fabrique avec de la farine riche des fibres de son enveloppe. Gargantua explique ainsi que le « pain ballé » est composé du grain mais aussi de la « balle », l’enveloppe du grain. Il est plus riche en fibres  que le pain courant  (7,3 g pour 100 g contre 3,25 pour le pain courant). Il est donc plus nutritif, mais il doit impérativement être bio, sinon il contient plus de pesticides que le « pain blanc »…

Pain de mie

N’oublions pas le pain de mie, favori des plus jeunes qui apprécient moins la croûte pour leurs burgers et autres produits de « fast-food ». Il comporte, outre les ingrédients de base du pain du lait, du beurre, un peu de sucre, au même titre que la brioche, dans des proportions différentes. Il peut être utile de leur fournir la liste des ingrédients d’un pain de mie industriel :

farine de froment

eau

levain de froment

sucre

levure

huile de colza

sel de cuisine

émulsifiants (E471 : mono- et diglycérides d’acides gras alimentaires)

autre émulsifiant : stéaryl de sodium lactylé (E481i)

agent d’enrobage, gélifiant, antioxydant et support pour colorant

acide propionique, conservateur contre les moisissures (E280)

farine de soja OGM importée majoritairement d’Amérique du nord ou du sud

Pain perdu

Revenons à des propos plus appétissants en évoquant le « pain perdu ». Au Québec, on appelle « pain doré » cette astuce qui consiste à tremper le pain rassis dans un mélange de lait et d’œuf, résolution quasi-religieuse pour ne pas jeter de pain. On ajoute ensuite un peu de sucre pour que la tartine caramélisée prenne des reflets dorés. Les tranches sont ensuite cuites au beurre. En Périgord, cette tranche est appelée « dodine », en Picardie un « galopin », en Charente  « soupe rousse », en Bretagne « boued laezh » (nourriture de lait), dans le Nord « pain crotté » auquel on ajoute un peu de genièvre, en Anjou du triple sec, en Normandie du pommeau et de la confiture de pommes. On retrouve des traditions similaires en Espagne et au Portugal, en Suisse, en Angleterre, en Allemagne, aux Pays Bas et en Belgique. En Inde et au Mexique c’est du « pain français »…

Tombe de Guillaume Tirel et de ses deux épouses. La paroisse d’origine avait été supprimée en 1794. La nouvelle église a été reconstruite et consacrée à nouveau en 1962. Guillaume Tirel a retrouvé sa sépulture, moins colorée. L’image est extraite des collections du baron Jérôme Pichon et de Georges Vicaire

Dès le XIVe siècle, Guillaume Tirel alias Taillevent, « maistre des garnisons de cuisine du Roi » avait proposé sa recette de « tostée dorée ». Taillevent, auteur d’un célèbre livre de cuisine du Moyen Age, le « Viandier » a quand même eu les honneurs de François Villon dans son Testament : « Si allé veoir en Taillevent Au chapitre de fricassure. ». Sa sépulture repose dans la crypte de l’église Saint-Léger de Saint-Germain-en-Laye.

André Vrinat

Et en 1946, André Vrinat ouvre un restaurant auquel il donne le nom de Taillevent, rue Saint-Georges (IXe arrondissement) puis rue Lamennais (VIIIe arrondissement) près des Champs Elysées, où l’on continue aujourd’hui à mettre à l’honneur le service en salle, la découpe et le flambage…

Croque-monsieur, ou croquemonsieur

Lointain cousin du pain perdu le « croque monsieur » est un sandwich chaud à base de pain, de jambon blanc et de fromage, cuit à l’origine dans la cheminée à l’aide d’un fer à sandwiches.

Michel Lunarca

L’invention du croque monsieur semble remonter à la fin du XIXe siècle, ou en 1910 dans un café parisien du boulevard des Capucines. Le patron du café, Michel Lunarca, aurait lancé en boutade que son sandwich était à base de chair humaine…

Marcel Proust

En 1919, Marcel Proust y fait mention dans « A l’ombre des jeunes filles en fleur » : « Or, en sortant du concert, comme, en reprenant le chemin qui va vers l’hôtel, nous nous étions arrêtés un instant sur la digue, ma grand-mère et moi, pour échanger quelques mots avec madame de Villeparisis qui nous annonçait qu’elle avait commandé pour nous à l’hôtel des croque-monsieur et des œufs à la crème. »

Louis Leprince-Ringuet

Autre anecdote piquante rapportée en 1966 par le physicien nouvel académicien Louis Leprince-Ringuet pour sa première séance du dictionnaire. Y est discuté le mot « croque-monsieur » (l’académie admet aujourd’hui le « croquemonsieur »). La définition retenue est : « Mets composé de deux tranches de pain de mie entre lesquelles on a placé du jambon recouvert de fromage et que l’on passe au four. » De retour chez lui, madame Leprince-Ringuet née Jeanne Motte lui fait remarquer que cette assemblée d’Immortels prouve ainsi qu’elle est uniquement masculine, puisque, comme toutes les femmes le savent, un croque-monsieur ne se cuit pas au four, mais au moyen du fameux fer à croque-monsieur.

Fer à croque-monsieur

À la session suivante, Louis Leprince-Ringuet montre cet ustensile à ses collègues. Malgré cette démonstration amusante, la définition n’a pas varié dans les récents ajouts des Immortels… Précisons néanmoins que depuis 1966, les gaufriers électriques se transforment facilement en moules à croque-monsieur, et que dix femmes ont siégé au sein de cette assemblée : Marguerite Yourcenar, Jacqueline de Romilly, Hélène Carrère d’Encausse, Florence Delay, Assia Djebar, Simone Veil, Danielle Sallenave, Barbara Cassin et Chantal Thomas.

Lendemains qui chantent ?

Branle-bas dans les nichoirs : « quoi, caqueter jusque 64 printemps, quand les poules auront des dents ? ». Les promesses de doubles rations de graines n’auront pas suffi, cette semaine on passe notre tour. Mais vous ne perdez pas au change, les plumitifs ont promis de nous en faire voir de toutes les couleurs pas plus tard que dès le 26 janvier…

Et je me permets de vous indiquer qu’en attendant, le lundi 23 janvier à 19h, nous dînerons et discuterons autour du chocolat aux Temps d’Em, accueillante échoppe de la grand place de Montreuil devant la statue du général Haig. Réservations indispensables ici

Pour vous plonger dans l’ensemble des chroniques c’est ici

Du marais à l’assiette, le céleri

Voilà un compère de cuisine pour le moins discret ! Au point que certains l’affublent du sobriquet de « bonne à tout faire des fourneaux » …

Ache des marais

Le céleri est utilisé depuis toujours, d’abord sous sa forme sauvage la « ache des marais » qu’on peut trouver au bord des rivières (attention, la ache sauvage est aujourd’hui protégée, notamment dans le Nord et le Pas-de-Calais).

On le cultive depuis la Renaissance. Et pour les néophytes, le céleri branche et le céleri rave sont deux cousins très proches, qui n’ont développé leurs caractéristiques que par le travail de sélection des botanistes.

Chacun sait qu’on devrait consommer beaucoup plus de légumes et le céleri, très peu calorique, n’est pas le moins pourvu de qualités en tous genres. Ses antioxydants font merveille dans la prévention des maladies cardio-vasculaires et des cancers. Et il contient de la « lutéoline » qui stimule les cerveaux vieillissants !

Le céleri est indispensable dans bon nombre de plat « bistrottiers » et notamment l’inévitable « pot au feu » de l’hiver. Mais attardons-nous un instant sur le savoureux céleri rémoulade devenu très « tendance » au même titre que l’œuf dur mayonnaise ou le poireau vinaigrette.

La sauce rémoulade était au départ une vinaigrette enrichie d’anchois, de câpres et d’herbes. On y ajoute ensuite un peu de velouté, puis de la moutarde. Arrive en 1806 André Viard qui remplace le velouté par un jaune d’œuf et enlève les anchois et les câpres. La mayonnaise est née ! Pour les puristes, la différence entre la mayonnaise et la rémoulade, c’est la moutarde, présente dans la mayonnaise, pas dans la rémoulade.

André Viard mérite qu’on s’attarde sur lui. Chef cuisinier depuis la période révolutionnaire, il édite en 1806 « Le cuisinier impérial » qui deviendra en 1817 « Le cuisinier royal« . 950 recettes répertoriées et codifiées. Ce manuel de référence connaîtra … 32 éditions jusqu’en 1875.

Viard accompagne Louis-Philippe de Ségur, ambassadeur de France à Saint-Pétersbourg. Il revient ensuite à Paris au service du richissime Francis Egerton, comte de Bridgewater, après un passage par Vienne et Londres avec le prestigieux juriste Cambacéres. Il décline l’invitation de George IV, futur roi d’Angleterre, à devenir son « officier de bouche ».

La tombe d’André Viard et ses trésors enfouis, au cimetière du père Lachaise

C’est un homme discret, au point qu’il est bien difficile de dégotter son portrait. Mais les caprices de ses différents patrons ont un peu déteint sur lui. Bien avant son décès, il fait construire sa tombe au Père Lachaise. Il exige que son cercueil soit assez grand pour qu’on accompagne sa dépouille de 1000 livres de sel et autant de son. Il interdit à ses 25 meilleurs amis de se recueillir devant sa tombe mais les invite à se rassembler chez un restaurateur autour d’un repas qu’il a commandé pour la somme de 1000 francs de l’époque, soit 94,80 € par personne, addition très confortable en 1834.

Le céleri est plein de ressources. Rave ou branche, il peut se décliner de multiples façons. Les branches coupées en fins tronçons donnent de la couleur et du goût à une salade, un morceau de poisson ou de viande. Avec les graines de céleri broyées, on peut faire du sel de céleri indispensable à la préparation du Bloody Mary (https://recettesahistoires.com/2022/10/05/le-brunch-une-mode-une-solution/).

Et les chefs les plus créatifs ne sont pas en reste pour en trouver de nouvelles déclinaisons.

Alain Passard

Alain Passard propose parfois dans son « Arpège » une pomme de céleri cuite en croûte de sel pendant trois heures, servie en entrée froide ou tiède avec une mayonnaise bien moutardée.

Yannick Alléno

Yannick Alléno est familier de ce légume  avec son « Brochet brioché, extrait de céleri« , le « Canard, tarte feuilletée pommes-cannelle au foie gras, céleri en croûte de foin« , la « Noix de saint Jacques à cru, transparence de soja, céleri et citron caviar« , l' »Avocat resté sur l’arbre 18 mois en mille-feuille de céleri, extraction coco aux éclats de chia« 

Eric Frechon

Il en va de même pour Eric Frechon et son « Pâté en croûte de gibiers à plumes et rémoulade de céleri au raifort« , le « Céleri-Rave Monarch rôti à la broche, oignon paille, truffe noire et lard fumé, rémoulade de céleri aux noix et râpé de truffe noire » ou encore la « Soupe de topinambour, écume de café, crumble céleri cacao« .

Bernard Stamm

Je vous propose pour terminer les ravioles de Bernard Stamm dans son domaine alsacien d’Obernai (https://www.lafourchettedesducs.com/)

Il vous faut :

2 carottes

¼ de céleri rave

persil et coriandre

16 feuilles de raviole

120g de foie de canard frais

1 jaune d’œuf

2l de bouillon de bœuf

sel et poivre du moulin

Épluchez et lavez les carottes ainsi que le céleri et détaillez-les en brunoise. Cuisez la brunoise « à l’anglaise » dans 50cl d’eau bouillante salée, encore croquante. Hachez le persil et la coriandre. Réservez au frais.

Coupez le foie gras en cubes d’environ 1 cm de côté (environ 15 g). Disposez 8 feuilles de raviole, placez un cube de foie de canard frais au centre de la feuille. Salez et poivrez et fermez les ravioles avec les 8 autres feuilles en les badigeonnant de jaune d’œuf à l’aide d’un pinceau. Pochez les ravioles 5 min dans de l’eau bouillante salée.

Disposez les ravioles dans une assiette creuse ainsi que la brunoise de carotte et de céleri, nappez de consommé de bœuf bouillant et agrémentez de persil et de coriandre hachés.

Noir c’est noir ?

Je ne voudrais pas me mettre à dos les très nombreux fans de Johnny, mais je pense que les paroles de la chanson « Noir c’est noir » empruntée en 1966 au groupe espagnol « Los Bravos » ne reflètent pas nécessairement la réalité.

Noir c’est noir
Il n’y a plus d’espoir
Oui gris c’est gris
Et c’est fini, oh, oh, oh, oh
Ça me rend fou j’ai cru à ton amour.

D’ailleurs, à la fin des 3’12 de ce « hit » éternel les choses semblent susceptibles de s’arranger

Noir c’est noir

Il me reste l’espoir

Je préfère pour ma part les propos du peintre Pierre Soulages, mort à 102 ans en octobre 2022. Cet immense artiste avait compris après la deuxième guerre mondiale la nécessité  de « réinventer la peinture » avec de nouveaux outils et de nouveaux matériaux.

 » J’ai d’abord employé le noir pour sa capacité à illuminer les couleurs sombres. C’était, au fond, une manière de créer de la lumière par le contraste. À partir de 1979, j’ai recouvert totalement ma toile avec la même couleur noire. Ce n’était plus le noir qui comptait alors, c’était le reflet par les différents états de surface du noir : quand il était strié, cela dynamisait la surface, lorsqu’il était lisse, c’était une surface calme qui réfléchissait la lumière différemment. Il y avait toute une série de possibilités. Mais à ce moment-là, je ne travaillais plus réellement avec le noir, je travaillais avec la lumière ; pas n’importe quelle lumière : celle réfléchie par les états de surface de la couleur noire. Réfléchie, transformée et, j’ai envie de dire, transmutée. »

Une des peintures monumentales au noir de bitume exposées au musée Soulages (Rodez)

Le noir fait vibrer la lumière et les couleurs, en peinture comme en cuisine !

Voici une petite revue très subjective et non exhaustive de recettes qui portent le noir en cuisine. Et ce n’est pas triste !

Tiens, du boudin !

On tient peut-être là un des plus anciens trésors de notre paradis charcutier. Aphtonite, un cuistot de la Grèce antique aurait créé cette recette en faisant cailler du sang dans des boyaux, accommodé selon les goûts avec des épices, des lardons, du riz, des morceaux de gras, des pommes ou des raisins secs… Depuis, on la retrouve un peu partout dans les tavernes, y compris en Amérique latine, dans la sphère russophone, en Espagne, dans le « breakfast » anglais…

Le boudin blanc date, lui, du Moyen Age et contient du lait, de la fécule, de la mie de pain et de la viande blanche (poulet ou volaille essentiellement) ainsi que différents arômes (truffes, porto, marrons…)

Une tuile au charbon ou à l’encre

Vous voulez étonner vos convives en légèreté et à moindre prix ? Rien de tel qu’une tuile, sucrée ou salée qui donnera du volume à une assiette et attirera le convive qui cassera la tuile, pour découvrir ce qu’elle cache…

L’ordre du jour étant au noir, concentrons-nous sur les tuiles plutôt salées, au charbon ou à l’encre.

Pour fabriquer du charbon actif, on carbonise du bois ou une matière organique végétale en la faisant chauffer à sec dans un récipient jusqu’à éliminer toute humidité. Remplissez une grande casserole de morceaux de bois dur et posez un couvercle léger dessus. Mettez-la sur le feu pendant 3 à 6 heures.

Les éléments calcinés, en se volatilisant, créent des alvéoles dans le carbone.

Le chêne, le bouleau, le peuplier, le hêtre, le pin, le saule ou encore le tilleul fournissent un bois propice au charbon actif. Il peut aussi être issu de bambou, d’écorce de noix de coco, de noyaux d’olives, de coques de cacahuète ….

Il vaut mieux éviter en revanche les charbons utilisés dans l’industrie obtenus à partir de résidus pétroliers… .

Le charbon végétal a des quantités d’applications, notamment pour purifier l’air, l’eau ou le corps. Il est depuis longtemps entré dans la composition des filtres de masques à gaz. Les Egyptiens utilisent depuis toujours le charbon végétal comme désodorisant, pour soigner les problèmes intestinaux mais aussi pour purifier l’eau.

L’encre de seiche, aussi appelée sépia, est un liquide riche en mélanine présent dans la poche de la seiche que cette dernière éjecte pour se protéger et s’extraire de situations délicates.

Lançons-nous dans la fabrication de quelques tuiles qui agrémenteront par exemple un poisson blanc avec une garniture colorée (poivrons, tomates…) ou pour valoriser une pièce de volaille, un fromage, un apéritif avec des olives…

Il vous faut :

160 g d’eau

60 g d’huile

20 g de farine type 55

Du charbon végétal ou de l’encre de seiche

Réunissez l’eau froide, l’huile et la farine et mixez. Ajoutez le colorant et mixer à nouveau. Chauffez une petite poêle anti-adhésive légèrement graissée. Versez comme pour une crêpe, une petite quantité d’appareil dans la poêle chaude. Laissez bouillir jusqu’à évaporation de l’eau. Continuez la cuisson jusqu’à atteindre la rigidité de la tuile. La tuile se détache facilement une fois cuite. Débarrassez sur un papier absorbant.

Avec cette tuile anthracite, vous donnerez du « peps » à une pièce de volaille, un fromage, un apéritif avec des olives…

Des pommes de terre à l’ail noir

L’ail noir est un ail bruni à basse température (60 à 80 °C) dans une enceinte humide (70 à 90 %) durant 2 à 3 semaines, prenant une texture similaire à celle d’un pruneau d’Agen, utilisé en cuisine asiatique, notamment en Corée.

Pour impressionner votre entourage, précisez que ce brunissement non enzymatique est une conséquence de la réaction de Maillard qui survient pendant la cuisson des aliments. Elle est en partie responsable du brunissement et du déploiement des arômes.  À 90°C, la réaction de Maillard se produit lentement. Pour augmenter sa vitesse, il faut que la surface de l’aliment dépasse le point d’ébullition de l’eau (100°C). L’ail cru a une odeur tenace et peut être mal digéré. L’ail noir a un goût qui rappelle le vinaigre balsamique, la réglisse et de douces saveurs sucrées et acidulées. Mais, à partir de 180°C, la réaction de Maillard laisse la place à la « pyrolyse ». On entre alors dans le chapitre des « ratages » et des plats carbonisés…

Originaire de Nancy, Frédéric Anton, un des Meilleurs Ouvriers de France (MOF) est aux pianos du luxissime Pré Catelan dans le Bois de Boulogne à Paris, depuis 1997. En 2007, il y décroche la prestigieuse troisième étoile.  En 2018, en compagnie de Thierry Marx, il rafle à Alain Ducasse la gestion des restaurants de la Tour Eiffel.

Sur Alain Ducasse et les batailles au sommet de la grande gastronomie française, voir https://recettesahistoires.com/2022/07/11/colbert-eiffel-et-de-gros-poissons/

Voici sa version simplissime et particulièrement goûteuse de ses pommes de terre à l’ail noir

1,2 kg de pommes de terre charlotte

quelques brins de thym citron

150 g de beurre demi-sel

1 tête d’ail noir

un peu de fleur de sel

du poivre concassé

Pelez et lavez les pommes de terre. Cuisez-les à la vapeur avec quelques brins de thym citron pendant 35 minutes. Égouttez-les et mettez-les entre deux torchons. Aplatissez-les délicatement avec la paume de la main pour qu’elles éclatent légèrement.

Préparez un beurre noisette, faites-y colorer les pommes de terre de chaque côté, puis ajoutez l’ail noir en chemise et le reste du thym. Arrosez avec le beurre de la cuisson. Dressez les pommes de terre et parsemez de fleur de sel et de poivre concassé. Servez aussitôt.

Radis noir, le top du détox

D’octobre à janvier, vous trouvez sur les étals des cylindres pas forcément très engageants mais pourtant pleins de ressources. Le radis noir, alias le radis d’Espagne, alias le raifort parisien favorise la digestion, draine le foie, augmente la sécrétion de bile et facilite l’élimination des toxines accumulée par exemple durant la trêve des confiseurs…

Il n’est pas forcément nécessaire de faire très compliqué pour se faire plaisir : une tranche de radis noir translucide sur une tartine beurrée : un peu de piquant, du gras, le croquant de la chair (on laisse la peau noire pour l’esthétique), la douceur de la mie. Sacré programme avec si peu de choses !

Il est possible de décupler ces sensations, par exemple  avec quelques copeaux de betterave rouge crue, des pousses d’épinards, quelques clémentines dont on aura prélevé un peu de zeste (la saison a lieu de novembre à février) et des noix de Saint-Jacques (saison d’octobre à avril) riches en protéines, pauvres en graisse, particulièrement abondantes depuis que la profession en a réglementé la récolte. Vous pouvez les utiliser crues finement tranchées en carpaccio, ou entières passées au beurre (45 secondes maxi de chaque côté).

Les couleurs de la forêt noire

Le costume traditionnel des habitants de la Forêt-Noire se compose de noir, de rouge et de blanc, couleurs que l’on retrouve dans le gâteau imaginé en 1915 à Bad Godesberg par un jeune pâtissier, Josef Keller, qui propose un biscuit à la noisette imbibé de kirsch, tartiné de confiture à la cerise noire. Incorporé dans un bataillon d’infanterie, il doit mettre de côté sa recette, jusqu’en 1919 où il ouvre une pâtisserie sur les bords du lac de Constance.

Josef Keller

La formule est semble t-il améliorée en 1930 par Erwin Hildenbrand, pâtissier à Tübingen, qui remplace le biscuit aux noisettes par une gênoise au chocolat et le surmonte de crème au beurre fourrée de cerises et de crème chantilly puis de copeaux de chocolat.

1930 est une date importante dans l’histoire de la cuisine et de la pâtisserie puisqu’à cette époque apparaissent les premiers réfrigérateurs domestiques. Il devient donc possible de fabriquer et de conserver quelques jours ces constructions fragiles. Cela correspond à l’essor des gâteaux à la crème. Et la Schwarzwälder Kirschtorte connaît un essor fulgurant.